Flux RSS
Inscrivez-vous au Flux RSS

Préparation du colloque 5

Anthropologie du présent séance du 11 juin 2010

Préparation du colloque 4

Anthropologie du présent séance du 28 mai 2010

Préparation du colloque 3

«On peut être sûr d’une chose et se tromper».

Karim Richard Jbeili

Telle est la façon dont on pourrait résumer le débat entre les deux candidats à la présidence selon Monsieur Cohen du New-York Times. Cette phrase a été servie par Kerry à Bush qui durant le débat a étalé sa certitude d’avoir raison et en a pris argument en sa faveur.

Il y a effectivement lieu de douter de la valeur des certitudes de Bush. Il a été successivement certain de pouvoir détruire Oussama Ben Laden, que celui-ci avait des liens avec Saddam Hussein, que ce dernier avait des ADM, qu’il formerait une large coalition pour le destituer, que sa chute ferait fleurir la démocratie en Irak, que, par suite, celle-ci se répandrait dans tout le monde arabe, et qu’enfin tout ceci jugulerait le terrorisme international. De toutes ces certitudes aucune ne s’est vérifiée. Pis, les événements se sont chargés d’offrir un démenti cinglant à chacune d’entre elles. Pis encore, beaucoup de gens, dont de nombreux dirigeants de pays occidentaux, avaient pu deviner, bien avant que ce ne soit démontré, que ces certitudes étaient fallacieuses, pour ne pas dire illusoires. Pire encore, ces certitudes ont eu un effet exactement inverse de celui escompté dans la plupart des cas. Oussama court toujours et l’Irak, pas plus que le monde arabe du reste, n’est devenu le paradis de la démocratie.

Est-ce à dire pour autant que Bush se soit systématiquement trompé ainsi que tous ses innombrables conseillers? Les quelques premières fois on aurait pu croire à l’erreur, mais la persévérance dans l’erreur finit par paraître suspecte. Errare humanum est, sed perseverare diabolicum. D’autant plus qu’il n’est pas le seul à s’acharner dans l’erreur. Une bonne partie du peuple américain s’apprête à voter pour lui malgré ses échecs répétés. On peu ainsi dire que ceux-ci aiment, à la suite de leur président, se bercer de certitudes fallacieuses tout en sachant d’avance qu’elles vont provoquer l’inverse de l’effet escompté, c’est à dire une haine démesurément amplifiée chez leurs ennemis et d’autant moins de sécurité pour eux-mêmes. Ils ne sont donc pas sans savoir que leur président les console d’illusions et consentent à ces men«songes».

Il y a pourtant là un choix presque délibéré d’aller vers un surcroît de risques en passant par une illusion de puissance. Les choses prennent une tournure encore plus surprenante lorsqu’une certaine publicité télévisée convainc ces mêmes Américains de douter du courage de Kerry et de son héroïsme lors de la guerre du Vietnam. Ce qui les amène à accorder leurs suffrages, dans les sondages, à Bush dont il est pourtant reconnu qu’il a fui la conscription et n’a fait preuve d’aucun courage durant les mêmes circonstances. On peut donc dire que ces mêmes Américains ont choisi les illusions des «certitudes» dangereuses et ont préféré un président réputé craintif à un candidat réputé courageux.

En réalité on peut supposer qu’ils craignent un président qui serait trop courageux. Ils craignent que son courage ne le rende insouciant. Ils préfèrent un président craintif qui va toujours s’aventurer du coté du danger pour ne pas que celui-ci ne les frappe sans prévenir. Seul un être craintif, trop craintif, va côtoyer le danger de près, allant même jusqu’à le susciter, pour ne pas risquer d’être surpris par lui. À tous ces «avantages» Bush ajoute celui de pouvoir affirmer avec «certitude» qu’il est courageux, c’est à dire à simuler le courage en dépit de sa peur.

Nous avons ici affaire à une maladie collective qui est directement issue du traumatisme du 11 septembre. Certains l’appellent névrose traumatique et d’autres stress post-traumatique. Pour la soigner il faut la désigner et la nommer. Kerry a déjà fait un premier pas en disant :«On peut être sûr de choses qui sont pourtant erronées». Mais le cheminement reste long. Il y a donc de fortes chances que Bush soit réélu et que, survolté par sa victoire, il pousse très loin l’aventurisme qui consiste à résister à sa peur dans une fuite en avant de plus en plus intense. On a eu quelques exemples de ce type au siècle dernier, en particulier en Allemagne, qui donnent froid dans le dos.