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Préparation du colloque 5

Anthropologie du présent séance du 11 juin 2010

Préparation du colloque 4

Anthropologie du présent séance du 28 mai 2010

Préparation du colloque 3

Chronique de paix

Communauté et communauté politique

Une communauté se divise en trois parties:

  • Il y a d'abord les fidèles.  Ceux dont la tâche consiste à survivre et à se reproduire.  On pourrait dire se perpétuer puisque la dimension perpétuelle n'est pas exclue dans le cas d'un groupe humain.
  • Il y a ensuite le système symbolique des traditions et du corpus religieux qui est généralement défendu par un clergé dont la fonction consiste à favoriser la pérennité de la communauté à  travers le respect des traditions.
  • Il y a enfin la divinité à laquelle il faut croire et de laquelle on peut douter.  elle incarne habituellement le désir, «le dessein» même et surtout si celui-ci est impénétrable.  Il y a donc ici un espace de l'impondérable qui est couvert par les desseins incertains de Dieu.

En Occident, l'État a très tôt concurrencé Dieu sur ce terrain avec un succès non négligeable.  Il a garanti un espace civique qui est venu se substituer à l'espace divin.  

À la triade

 

se superpose progressivement la triade 

Le divin se caractérise essentiellement par l'incertitude de son existence.  Que cette incertitude soit reconnue  ou non (le concept de «foi» reconnaît que l'on peut douter), elle a un caractère obligatoire quelque soit la religion.  Lorsque l'État et plus spécialement le pouvoir exécutif se substitue au divin il hérite de cette incertitude et doit d'une certaine façon la traduire dans son mode d'être.

L'Occident a choisi de traduire cette incertitude en inventant la démocratie.  Cette forme de gouvernement maintient toujours à l'esprit de tous la contingence du pouvoir politique.  Ou en jouant un peu sur les mots, pour la démocratie la contingence est nécessaire.

L'État face au communautaire

En même temps qu'il hérite de la contingence du divin, l'État hérite du rôle de médiateur que jouait le divin entre les fidèles et la hiérarchie religieuse.  C'est au nom de Dieu qu'on peut mieux supporter les excès de la hiérarchie religieuse, c'est au nom de Dieu qu'on peut la modifier ou modifier ses limites.  L'État est tenu de remplir ce rôle lorsqu'il se substitue au divin.  Il doit médiatiser le rapport au religieux.  La loi religieuse ne s'applique plus de façon totalitaire puisque l'État, support d'une force tierce, vient mettre une limite au pouvoir du religieux sur le communautaire.

Tout ce qui va suivre pourrait être traité différemment concernant les rapports du communautaire avec la hiérarchie administrative.  C'est un autre cas de figure qui mérite un traitement indépendant.  Je vais me limiter aux rapports du communautaire avec la hiérarchie religieuse parce que pour le Moyen-Orient c'est, de façon criante, la dimension qui prédomine.

Pour jouer son rôle de médiateur l'État doit s'imposer; il doit démontrer qu'il est supérieur au principe communautaire; Il doit démontrer son utilité au pouvoir religieux en prouvant qu'il est capable de protéger la paix civile.  Bref l'État, contrairement au pouvoir religieux qui se suffit de continuer d'être, doit toujours démontrer sa légitimité, sa raison d'être.  Plus grande est sa légitimité plus il pourra détourner des croyants des circuits religieux pour les embarquer dans le champ économique et social.  Les États qui ont bénéficié d'une légitimité persistante peuvent parvenir quelquefois à faire oublier la pertinence du communautaire; qui passe alors pour une scorie du passé ou un obstacle au progrès.

Si l'État perd sa légitimité

Il est, en revanche, des situations où c'est l'inverse qui se produit.  Un État confronté à un problème qu'il ne réussit pas à surmonter perd progressivement de sa légitimité; tant et si bien qu'il finit par être incapable de médiatiser les rapports de la collectivité avec le pouvoir religieux.  On en a eu des exemples récents avec le Liban, La Yougoslavie, l'Algérie et l'Irak.

Dans ces cas de figure, les sociétés impliquées perdent progressivement leurs capacités d'échange économiques et se replient sur les diverses communautés qui les constituent en privilégiant une solidarité communautaire craintive à une ouverture à l'autre désormais plus incertaine du fait qu'elle ne profite plus de l'encadrement étatique.

La société se fracasse alors en ses diverses communautés parce que l'État sans légitimité ne peut plus sécuriser l'agora politique et économique.  Les communautés se retrouvent dès lors enfermées en elles-mêmes sans espace d'altérité.  Chaque communauté est piégée avec son pouvoir religieux dans un collage jouissif illimité.  Le religieux et le communautaire sont prisonniers l'un de l'autre et ne parviennent plus à se dégager de cette étreinte.  Ils s'installent dans un circuit fermé étouffant et sans issue qu'aucun des deux ne peut contrôler.

Même Dieu, qui est supposé être le premier concerné dans cette bulle érogène, n'est  plus d'aucune utilité.  L'espace d'impondérable qu'il aménage et qui sert habituellement d'alternative au pouvoir religieux, ne peut plus jouer son rôle.  Le divin n'a plus d'efficacité collective depuis que l'État l'a relégué dans la sphère privée.  Que l'État s'écroule ne lui rend pas pour autant sa puissance d'autrefois.

Une communauté issue d'un éclatement social ne ressemble en rien à une communauté, pour ainsi dire, naturelle; c'est à dire qui a conservé son dieu comme organisateur de son espace temps.  Celle-ci est restée communautaire, celle-là est déjà politique.  Dans le cadre d'un même État et d'une même religion, les deux types peuvent se côtoyer sans se confondre.  Ainsi des Juifs croyants qui se distinguent des Juifs politiques, le plus souvent laïcs.  La même différence est manifeste entre les Musulmans et les Intégristes.

Dans certains cas la communauté politique a un pouvoir d'attraction très substantiel et va recruter massivement dans la communauté religieuse.  Ce qui peut rendre la frontière mouvante quelquefois entre les deux communautés.  Ainsi des Hassidiques se retrouvent dans les rangs du projet politique sioniste alors que d'autres Hassidiques sont fermement campés dans le religieux.  Le critère qui permet de distinguer l;es deux communautés d'une même religion est probablement de savoir si elles accordent à Dieu un pouvoir sur les impondérables de leur vie collective ou si cet espace est réservé au politique.

«Ni Dieu, ni maître», telle pourrait être la devise de ces communautés qui en ayant déjà renoncé à leur Dieu comme gestionnaire de leur devenir collectif ont perdu également la protection du pouvoir d'État en qui elles avaient placé leur confiance.  Toute l'inventivité économique et sociale ne peut plus se déployer vers l'extérieur et se replie au sein de la communauté.  Dans ce repli narcissique il n'y a plus que la hiérarchie religieuse (ou administrative, selon les cas) qui puisse maintenir un semblant de cohérence.  La communauté finit par dépendre très étroitement de cette hiérarchie et par constituer avec elle une dualité close sur elle-même.

Pour ceux qui sont familiers avec le vocabulaire lacanien on pourrait dire que la situation de ces communautés est comparable à quelqu'un qui souffrirait de névrose traumatique.  Celui-ci est entièrement tributaire de la jouissance de l'Autre qui n'est plus manquant.  Il ne peut invoquer le phallus pour se soustraire à cette jouissance qui l'écrase sauf en convoquant des rêves traumatiques où il affronte la mort.  Le courage de faire face à la mort vient compenser avantageusement l'état de dépendance désubjectivant dans lequel il se trouve par rapport à l'Autre.

Il en est de même pour les communautés politiques.  Soumises par la force des choses à leur hiérarchie religieuse ou bureaucratique, puisqu'il n'y a plus «ni Dieu, ni maître» pour atténuer cette dépendance, ces communautés vont convoquer avec la même régularité qu'un rêve traumatique des incidents violents où la mort est impliquée.  Affronter la mort permet de soulever, au moins momentanément, l'état d'inertie subjective qu'engendre la dépendance.  Mais l'effet est de très courte durée.  Il faut sans cesse le répéter dans un cycle infernal.

Conclure

Il y aurait plusieurs conclusions à tirer

  1. Une communauté étant distincte d'une communauté politique, on peut s'opposer à l'une sans forcément s'opposer à l'autre.  On peut ainsi fort bien s'opposer au Sionisme sans forcément être antisémite.  De la même façon qu'on peut faire la guerre à l'Intégrisme sans forcément être islamophobe.
  2. S'opposer manu militari à une communauté politique contribue à alimenter la maladie dont elle souffre.  C'est aussi rentrer dans un cycle infernal qui n'a pas de fin.
  3. Une communauté politique en crise souffre d'une absence d'universalité.  Que celle-ci soit politique ou religieuse.
  4. La maladie traumatique qui découle de cette absence d'universalité l'entraîne dans un cycle répétitif de violence encouragé, de façon générale, par un ennemi complaisant.
  5. La violence est une tentative de se soustraire à une certaine tutelle pour restaurer de brefs moments d'universalité.