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Préparation du colloque 5

Anthropologie du présent séance du 11 juin 2010

Préparation du colloque 4

Anthropologie du présent séance du 28 mai 2010

Préparation du colloque 3

papier paru dans le journal de langue arabe (Al-Moharrer) à Beyrouth en date du 9 avril 2004

 

France: Féroce bataille intellectuelle sur toile de fond du conflit israélo-palestinien.

 L’accusation d’antisémitisme est l’arme de destruction massive du lobby pro-israélien pour neutraliser toute critique à l’égard de la politique d’Ariel Sharon.

René Naba

 A la faveur de la dégradation du climat international consécutive aux attentants anti-américains du 11 septembre 2001, de la guerre d’Afghanistan (2001-2002) et de la guerre contre l’Irak (2003), ainsi que de la transposition du conflit israélo-arabe en France, une bataille intellectuelle à coups de censure et d’accusation de racisme fait rage dans ce pays, qui constitue à la fois le plus important foyer musulman du monde occidental et le lieu d’implantation de la plus forte communauté juive d’Europe.

Pas un jour ne passe sans qu’un ouvrage n’annonce des révélations sur les islamistes, objet certes de préoccupations des spécialistes mais dernier thème à la mode des marchands de sensation, pas un jour sans qu’un «islamologue», ces personnes qui se déclarent spécialistes de l’Islam, n’apparaisse sur les écrans de télévision pour donner sa propre explication du «phénomène du terrorisme islamiste» ou de l’arrièration du monde arabe.

 Cette littérature se nourrit d’ailleurs de l’actualité particulièrement abondante en ce domaine, dont le dernier en date est l’attentat de Madrid, le 11 mars dernier, en représailles contre la participation de l’Espagne à la guerre contre l’Irak et qui a conduit à la défaite éléctorale du premier ministre espagnol Jose Maria Aznar.

 Les Arabes eux-mêmes ne se privent pas non plus de la nourrir par l’étalage de leur division, et beaucoup de commentateurs occidentaux ont puisé dans l’échec du dernier sommet de Tunis, le 28 mars dernier, justification à leurs analyses ou à leurs préjugés anti-arabes. Certes, les Arabes sont pour des raisons multiples responsables de la situation déplorable dans laquelle ils se trouvent.

Il n’est, pour s’en convaincre, que de relire le remarquable «programme sur le développement humain» pour 2003 réalisé par un groupe d’experts arabes, qui y recense à l’origine du handicap arabe, plusieurs gros maux notamment l’analphabétisme, la pauvreté, l’autoritarisme des régimes politiques, l’absence de liberté, l’inégalité entre les sexes, l’intolérance à l’égard des minorités, etc..

Mais la profusion d’experts occidentaux est impressionnante, voire même préoccupante, au point de se demander si certains experts ne souhaitent mettre à profit ce regain d’intérêt pour la sphère arabo-musulmane pour y consacrer des stéréotypes dans l’imaginaire occidental.

Après le romancier français Michel Houelbecq, qui avait jugé «stupide» la religion musulmane,  l’italienne Oriana fallaci, qui avait dénoncé la saleté et l’arrièrisme des Arabes, et l’aveu d’un grand journaliste français Claude Imbert, directeur de l’hebdomdaire «Le Point», se déclarant «islamophobe», un ouvrage collectif, réalisé par une soixantaine d’universitaires français et arabes, consacré à «L’Islam en France», et édité par «Les Presses Universitiaires de France» (PUF), apporte une touche intellectuelle et scientifique à cette nouvelle xénophobie anti-arabe. 

Numéro hors série de la revue «Cités», la publication illustre sa couverture par une gravure reproduisant un musulman au nez crochu, tenant le Coran par la main et tournant le dos à la République. Curieux retournenemt des choses: l’ancien stéréotype d’identification des Juifs est désormais applicable aux arabes et aux musulmans. Curieux procédé qui consiste sous couvert de critique à pratiquer le dénigrement, sous couvert de lutte contre l’anti-sémitisme à favoriser un anti-arabisme. 

Plus regrettable est que cette publication ait été cautionnée par un professeur de philosophie de la prestigieuse université parisienne «La Sorbonne», mais l’universitaire en question, Yves Charles Zarka, pense au contraire travailler à la mobilisation des esprits en France, qu’il considère comme le principal champ de bataille du conflit entre l’Occident et l’Islam. «Face à l’esprit de conquête, il faut développer l’esprit de résistance», écrit-il, en affirmant que la France est menacée par «la consitution d’une minorité tyrannique» qu’il importe de combattre.

Il ressort de la lecture de cet ouvrage le fait que l ’image de l’arabe se réduit à quelques images fortes, (délinquance, fanatisme, antisémitisme). Sous l’apparence scientifique, l’analyse est simpliste, sans que ces intellectuels n’aient jugé bon de se pencher sur les véritables raisons de la violence anti-occidentale du monde arabo-musulman, ou de la xénophobie anti-arabe ou musulmane des occidentaux. 

La neutralité, l’objectivité et l’impartialité, qui caractérisaient jadis le travail universitaire, ne sont plus de mise face à la violence de la bataille, dont  la polémique sur le port du foulard islamique n’en est que le dernier avatar.

Neufs intellectuels spécialistes de l’Islam, parmi lesquels Olivier Roy, grand connaisseur de l’Afghanistan, et Joclyne Cesari, spécialiste de l’Islam européen, qui avaient pourtant contribué à ce numéro hors-série, ont admis dans un communiqué commun avoir été «piégé» par cet ouvrage de «propagande». Le mensuel «le Monde diplomatique», dans sa livraison du mois d’Avril 2004, a dénoncé ce procédé considérant qu’il s’agit d'un nouvel habillage du racisme.

A noter qu’aucun de ces ouvrages, pas plus celui de Houellbecq, que celui de Fallaci, pas plus que la revue «Cités»,  n’ont fait l’objet d’une censure ou ses auteurs poursuivis en justice pour incitation à la haine raciale. Il n’en est pas de même pour les écrivains de l’autre bord. L’exaspération du débat est telle que par un effet de transposition, toute critique vive de la politique israélienne, qu’elle émane d’arabes, de musulmans ou même d’intellectuels ou de personnalités de tradition cutlturelle ou religieuse juive, est assimilée à de l’anti-sémitisme.

Ainsi quand l’écrivain Renaud Camus, auteur d’un livre sur «la campagne de France», relève que les principaux chroniqueurs de France-culture, la radio de l’élite culturelle française, radio d’état tout de même, sont de confession juive, un tollé accueille ses propos, relayé par le Journal «Le Monde», qui l’accuse de favoriser l’«antisémitisme». Renaud Camus mentionne ce fait dans quelques pages, d’une manière incidente, dans un volumineux ouvrage de 700 pages. Mais cela a suffi pour que soit déclenché une campagne contre lui. Mais quand un auteur de roman policier, Maurice Le Dantec, se lie avec un groupe d’extrême droite française, et justifie la violence anti-arabe et anti-musulmane, son éditeur, la prestigieuse maison d’édition Gallimard, se contente de déplorer ses propos sans pour autant rompre sa collaboration avec lui.

Cédant à l’esprit du temps, Jean Jacques Aillagon, l’ancien ministre de la culture, sur simple coup de fil de son ami l’écrivain Bernard Henry Lévy, a ainsi déprogrammé un film réalisé par un israélien, Eyal Sivan, et un  palestinien, Michel Khleifi, intitulé «La route 1821, fragments d’un voyage en Palestine-Israêl» au motif qu’il présente une vision «unilatérale» du problème israélo-palestinien,  sans même se donner la peine de le visionner avant de prendre sa décision, sans même se rendre compte que ces deux cinéastes professionnels, venant de deux bords opposés, en entrecroisant leur regard apportaient une vision synthétique du problème.

La complaisance mondaine ne saurait tenir lieu de politique. Aillagon a été écarté du nouveau gouvernement Raffarin à la suite de la déroute électorale de la droite aux dernières élections régioanles françaises, le 28 mars 2004, et le film documentaire continue de développer son audience.

Bien pire, Le CRIF, le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, qui se doit, en tant qu’instance d’intermédiation auprès des pouvoirs publics, favoriser la cohésion nationale et le dialogue inter-religieux, dénature son rôle en se plaçant à l’avant garde de la lutte anti-arabe.

Le président du CRIF, en personne, M.Roger Cukiermann, s’est ainsi félicité publiquement, sans être désavoué, du succés du chef de l’extrême droite française, Jean Marie Le Pen, aux élections présidentielles de 2002, en considérant qu’il s’agit d’une «bonne leçon aux Arabes». Nulle personnalité de premier plan française, ni politique, ni religieuse, n’a émis une protestation à cette occasion.

De même, lorsque des organisations juives organisent des concerts de gala pour récolter de l’argent pour l’armée israélienne et «le bien être du soldat juif», nul, non plus, ne se hasarde à critiquer cette opération de promotion d’autant plus opportune et provocante que son principal bénéficiaire apparait, tout de même, au regard du Droit international, comme une «armée d’occupation».

Indice complémentaire de la dégradation du sens civique national, le Crif s’est ainsi opposé à la tenue d’une conférence de presse conjointe, dans un collége de Nice dans le sud de la France, entre Mme Leila Shahid, représentatnte de la Palestine en France, et de M.Michel Warshavski, écrivain  israélien, opposant à la politique de Sharon, au motif que l’école française ne devait être un lieu de débat en France. Ce qui donne à penser que pour le Crif, particulièrement pour son représentant dans le sud de la France, le député UMP (parti chiraquien) Rudy Salles, auteur de la demande d’interdiction, seuls les inconditionnels de Sharon ont droit de parole en France.

Sans risquer de se contredire, le Crif avait pourtant demandé et obtenu que les élèves français du sud de la France, de toutes les confessions, (chrétiens, juifs et musulmans), se rendent à Auchwitz, en Pologne, en un voyage de recueillement dans cet ancien camp de concentration des Juifs du régime nazi. Ce voyage, auquel les parents des élèves arabes avaient donné leur accord, devait avoir une fonction pédagogique visant à dénoncer les horreurs de la guerre et du racisme.

La pédagogie ne saurait être à sens unique. L’annulation de la conférence de Leila Shahid à Nice a entrainé symétriquement l’annulation de voyage d’Aushwitz par les parents des élèves arabes, qui estimaient qu’il ne saurait y avoir deux poids deux mesures dans la lutte anti-raciste.

C’est au Crif, d’ailleurs, que Jean Pierre Raffarin, a conféré, le 18 mars dernier, trois jours avant les élections régionales, le droit d’être associé à la police de l’internet pour dépister les sites «anti-sémités». Un droit qui constitue un privilège exorbitant, en contradicition avec le principe de l’égalité, un des principes fondateurs de la République française.

Le CRIF n’a pas attendu cette faculté pour faire la police à l’égard de toute opinion dissidente, y compris au sein des intellectuels de culture ou de religion juive. C’est ainsi que coup sur coup, le sociologue d’origine juive Edgar Morin, qui s’était désolidarisé de la politique du gouvernement d’Ariel Sharon, de même que le politologue judéo-américain Norman Finkelstein, qui avait rédigé un ouvrage sur «l’industrie de l’holocauste», qui constitue une «réflexion sur l’exploitation de la souffrance des juifs», ont été poursuivis en justice par l’association France-Israel pour diffamation à l’égard d’Israel.

L’humoriste franco-camerounais Dieudonné, a payé au prix fort le fait d’avoir caricaturé l’extrémisme de Sharon, en adaptant le salut nazi «Heil Hitler», en «IsraHeil». Interdit d’accés de certaines salles de concert, notamment le célèbre «Olympia» de Paris, il a, lui aussi, été poursuvi en justice «pour incitation à une haine à caractère racial».

Robert Menard, responsable de l’organisation «Reporters sans Frontières», a déploré, lors du procès Dieudonné, le 2 avril, «l’espèce de regression de la liberté d’expression» en France, dénonçant une «communautarisation de la pensée», phénomène, qui aboutit, selon lui, à faire que «si vous n’êtes pas juif, vous ne pouvez parler des juifs».

«La dernière passion du Christ», le film de Mel Gibson relatant le crucifixion de Jesus Christ, en est la dernière manifestation. Les grands producteurs français en ont refusé sa commercialisation au motif qu’elle relançait la responsabilité des Juifs dans la mort du Christ et favorisait un renouveau de l’antisémitisme.

Comme si les actes de quelques rabbins qui ont  ordonné, il y a deux mille ans, la mort de Jésus engageaient la responsabilité de tous les Juifs, religieux ou athées, pour l’éternité et à travers le temps, de la même manière que les attentats anti-occidentaux d’Al-Qaida ou de toute autre organisation ne sauraient rejaillir sur tous les Arabes et  tous les Musulmans, condamnés par l’opinion occidentale à en assumer la responsbabilité pour l’éternité.

En raison de la collaboration dont ont fait preuve les autorités françaises avec le régime nazi, durant la 2me guerre mondiale (1939-1945), et de leur contribution à la déportation des Juifs de France vers les camps de concentration, l’antisémitisme est un sujet sensible en France. Accusation infamante, elle condamne quiconque en est l’objet à une sorte d’ostracisme.

L’accusation d’«anti-sémitisme» est en quelque sorte l’arme de destruction massive absolue et équivaut à une condamnation absolue. Mais à force de la brandir à chaque bout de champ, il est à craindre qu’elle ne perde de son efficacité. De la même manière, à force de vouloir substituer l’islamophobie à la judéophobie pour se dédouanner de l’antisémitisme traditionnel, il est à craindre aussi que l’on ne perpétue une autre forme de racisme, également hideuse, également condamnable.