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Préparation du colloque 5

Anthropologie du présent séance du 11 juin 2010

Préparation du colloque 4

Anthropologie du présent séance du 28 mai 2010

Préparation du colloque 3

Chronique épistémologique

Les trois registres produits du Monothéisme.

Au commencement était la diversité. L’Antiquité est un monde bigarré où les cultures et les dieux se mêlent. Les panthéons sont pleins à craquer. Les dieux ou même des morceaux de dieux, peuvent passer de l’un à l’autre pour aller se condenser avec un dieu du panthéon voisin ou bien simplement coloniser un espace olympien vacant.

C’est pourtant au cœur de cette Antiquité et, peut-être à cause de cette diversité, que naquit le concept de l’Un. Inventé par Akhenaton aux environs de 1300 avant notre ère, le concept s’est rapidement répandu suivant deux voies : la voie religieuse par l’intermédiaire de tribus nommées Khabirou (plus connues sous le nom d’Hébreux) qui nomadisent dans le désert oriental et la voie philosophique par l’intermédiaire, probablement, du tourisme intellectuel grec.

Héraclite d'Éphèse

Dès l’aube de la pensée grecque on retrouve le concept d’Un très largement diffusé à partir de deux centres : l’Asie Mineure autour d’Éphèse et Milet avec Héraclite, et l’Italie méridionale autour d’Élée avec Parménide et Zénon.

L’un présente alors les caractéristiques suivantes :

1) Il est indivisible. Ce qui est un peu normal, sinon il ne serait pas Un. Pas d’altérité pour lui.

2) Il ne connaît pas le mouvement. Ceci peut assez aisément se déduire de son unicité. Puisque quelle que soit la nature du mouvement, l’altérité lui est nécessaire tant pour se manifester que pour être perçu.

3) Il ne connaît pas l’écoulement du temps non plus. Il est éternel. Le temps nécessite aussi bien une altérité qui passe d’un instant à l’autre et ne peut donc pas être attribué à l’Un qui n’en connaît pas.

L’Un se présente ainsi comme un véritable trou noir où disparaissent tant l’espace que le temps. Il est entièrement en lui-même.

Pourtant au sein même de cette unité éternelle et inamovible va naître l’autre du mouvement. Il ne faut pas s’étonner. Freud nous a décrit un phénomène comparable dans la «Verneinung». Une sorte de jugement d’attribution par lequel le nourrisson, dans un mouvement de rejet crée devant lui le trou de l’altérité.

Et comme le nourrisson de Freud, les philosophes présocratiques vont devoir nier, per-nier ou pernonner, selon les goûts, cette altérité pour la conformer à son contraire l’Un. C’est que le mouvement s’oppose à l’Un sur les trois plans qui le caractérisent. Il est autre, mobile et temporel. Il est en fait le strict opposé de l’Un. Lorsque cet opposant aura pris du poil de la bête et aura assuré son existence, on lui attribuera le champ de la fusis par opposition à la metafusis qui demeurera l’apanage de l’Un. Mais en attendant cette consécration ultérieure l’Un va lui faire passer quelques moments difficiles. Il va nier cet opposant, cet ennemi assez hardi pour troubler la quiétude éternelle de l’Un. Deux formules vont être retenues par l’histoire : celle d’Héraclite et celle de Parménide.

En ce temps où l’écriture n’était pas axiale dans les mœurs intellectuelles, pour obtenir un résultat équivalent, c’est à dire s’inscrire dans la mémoire des hommes, il fallait encadrer l’œuvre dans un poème. La poésie a autant de connivence avec la mémoire que l’écrit. Des poèmes d’Héraclite et Parménide il nous reste un certain nombre de fragments grâce au fait que des auteurs anciens les ont cités dans leurs propres œuvres. La mémoire vive a quelquefois besoin du secours de la mémoire morte de l’écriture.

Parménide d'Élée

Je ne vais pas développer ici les opinions de l’un et de l’autre. Beaucoup de commentateurs l’ont fait avant moi. Je vais par contre déployer sous forme de tableau à trois colonnes les points que les deux «poètes» ont en commun et les points où ils divergent.

Ils admettent tous les deux l’Un comme prémisse ou principe fondamental. Ils admettent également tous les deux le contraire de l’Un surgissant dans le Réel ou créant le Réel comme aurait dit Freud. Par contre à partir de la ils divergent. Certes chacun élabore sa propre technique par laquelle l’Un va traiter avec son contraire. Alors que Héraclite va déployer les conséquences du conflit dans l’univers ontologique du temps Parménide va déployer les mêmes conséquences dans l’univers ontologique de l’espace. Chacun reflétant l’esprit de sa zone géograp?ique. Héraclite à Éphèse en Asie Mineure se préoccupe du temps, tandis que Parménide dans une Italie méridionale déjà romanisée va se préoccuper de l’espace.

Symbolique

Réel

Imaginaire

L’Un est le principe de toute chose

L’Un crée son contraire le mouvement dans le Réel (jugement d’attribution)

L’Un ne peut percevoir (prélever) de ce mouvement que des instantanés

Il faut organiser cette succession indéfinie d’instantanés

Dans le temps avec Héraclite

Dans l’espace avec Parménide et Zénon d’Élée

Les instantanés successifs dans le temps deviennent le changement continuel.

Le mouvement est reconstruit en forme d’une infinité d’instantanés successifs. Ce qui le rend supposément impossible.

Chaque entité contient son opposé avec lequel elle entretient des rapports dialectiques.

Ces images instantanées peuvent être des leurres. Elles appartiennent soit à l’être qui est soit au non-être qui n’est pas. Il faut en décider. (Jugement d’existence de Freud)

Elle se repère par rapport à l’Un décrit aussi bien comme Logos que comme feu passionnel

L’objet ainsi défini comme identique à lui-même, reconstitue la surface paisible du mouvement qui se repère par rapport à la science et aux mathématiques

On reconnaîtra aisément dans cet univers ontologique le précurseur du Symbolique lacanien

On reconnaîtra aisément dans cet univers ontologique le précurseur de l’Imaginaire lacanien.

 

L’Un constitue le Réel en projetant son contraire hors de lui selon la formule de Freud. Il effectue par la suite une négation systématisée de ce transfuge pour finir par construire l’univers du Symbolique sur le versant du temps et l’univers de l’Imaginaire sur le versant de l’espace.

Ces deux conceptions métaphysiques du Réel se sont constituées en courants de pensée qui ont survécu jusqu’à nos jours. Leurs plus prestigieux représentants ayant été Hegel pour l’héritage de la dialectique héraclitéenne et Kant pour l’héritage parménidien. Ayant chacun son champ d’investigation, pour l’un l’humain et pour l’autre la matière, ces deux courants de pensée n’ont jamais eu à se croiser, ni à croiser le fer du reste.

Résumons-nous. L’hypothèse du Un détermine en premier, comme son antithèse : le mouvement. Tant l’Un que le mouvement constituent le registre du Réel dans sa dimension métaphysique et physique. Le mouvement suscite l’ire de l’Un qui entreprend alors de le nier sur le versant du temps, constituant ainsi le registre du Symbolique, et sur le versant de l’espace, constituant le registre de l’Imaginaire.

Cette tridimensionnalité peut également être repérée sur le versant religieux de l’Unarité, celle qui a été transmise par les Khabirou («ou» est la forme du pluriel en égyptien ancien). Le premier résultat de ce repérage serait de comprendre l’inexplicable hostilité du dieu des trois monothéismes envers son fils. L’Un ne supporte pas l’apparition de son contraire.

Cette construction, cependant, présuppose qu’il y a une nette distinction entre l’espace et le temps. Ce qui n’est pas du tout aussi évident et a priori que certains veulent bien le croire. Les objets que l’on rencontre dans la réalité physique ne se situent aucunement dans l’espace et dans le temps.

La distinction de l’espace et du temps est le résultat d’un travail non négligeable de reconstruction de la réalité. Le meilleur exemple d’une situation logiquement antérieure à cette reconstruction est l’observation d’une étoile par un astronome. Au moment de l’observation, cette étoile se trouve déjà ailleurs et a certainement changé de nature. De plus, l’étoile immédiatement voisine, en apparence, de la précédente, appartient en réalité ou est affectée en réalité d’un tout autre rapport à l’espace et au temps.

La seule façon possible d’introduire la distinction entre les deux notions, telle que nous la connaissons, consiste à produire un instantané qui unifie l’espace et unifie le temps dans un supposé instant initial. La chose est totalement impossible mais nous consentons aisément à ce leurre qui vise à unifier cette r te;alité prétendument spatio-temporelle.

L’exemple de l’astronomie est tout à fait comparable au ciel des Psychanalystes. Chaque signifiant appartient à un passé révolu et à un ailleurs absent; Ce qui ne l’empêche pas d’être tout à fait présent, dans le sens spatial et temporel, pour l’analysant.

Rétrospectivement on pourrait supposer que l’hypothèse monothéiste et philosophique de l’Un est ce leurre instantané qui détermine la possibilité de la distinction de l’espace et du temps.

Il suit de tout cela que les trois registres appartiennent exclusivement au champ culturel où l’hypothèse de l’Un a été faite. Il suit également de ces considérations qu’une certaine logique intérieure relie ces trois registres : celle de l’être dans l’espace et dans le temps.