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Préparation du colloque 5

Anthropologie du présent séance du 11 juin 2010

Préparation du colloque 4

Anthropologie du présent séance du 28 mai 2010

Préparation du colloque 3

Noirs, Autochtones, Arabes, Musulmans et Européens même combat

Karim Jbeili

L’année dernière à la même époque, un peu après le déclenchement de la dernière intifada palestinienne, j’avais rédigé un texte intitulé «Halloween au pays des trois livres» dans lequel je soutenais que dans ce conflit vieux de plusieurs décennies il y avait un effet halloween. Je voulais dire par là que chacune des deux parties du conflit s’efforçait de faire peur à l’Occident afin d’en obtenir des dividendes en termes de soutien politique médiatique, financier, militaire ou populaire.

Peu importait la technique que chacun utilisait pour faire peur à l’Occident, les attentats ou l’évocation de l’Holocauste, le fait était là : la guerre israélo-palestinienne ne se déroulait pas pour elle-même mais pour l’Occident. Chacune des parties est moins soucieuse de vaincre l’autre partie que de montrer ou démontrer quelque chose à l’Occident ou aux télévisions occidentales. Cette guerre pour l’autre, dès lors, prenait une dimension endémique puisqu’elle était asservie à des fins autres que les siennes et ne pouvait donc se déployer librement dans toutes ses dimensions et aboutir éventuellement à la paix.

J’avais alors souhaité que chacun des protagonistes, libéré de ses contraintes spectaculaires ou médiatiques, en vienne à acquérir suffisamment de personnalité ou de teneur pour se donner le droit de faire la paix sans offenser les téléspectateurs de la planète. Cette perspective praticable il y a un an, du temps de Clinton et Barak, ne l’est plus aujourd’hui.

Du reste mon article n’a pas été publié sans qu’on m’en donne les raisons. J’ai imaginé aisément qu’il avait succombé à la peur qu’il avait inspirée. Un auteur qui porte un nom aussi manifestement arabe n’a pas le droit s’exprimer des opinions qui s’écartent un tant soit peu des idées officiellement reçues. Il lui faut habituellement être très gentil, à la limite du doucereux. Écrire devient un exercice impossible puisqu’il s’agit de dire la vérité sans faire peur à qui que ce soit.

Aujourd’hui, après les derniers événements, l’atmosphère halloween est plus que jamais à l’ordre du jour. Pourtant depuis que la grande peur a atteint l’Amérique profonde, on dirait que tout le problème s’est massivement métamorphosé, ou bien s’est cristallisé dans une dimension qui n’était pas très apparente jusqu’ici.

Ça ressemble à l'Algérie

L’autonomie à laquelle je m’attendais des Israéliens s’est évanouie. Depuis la chute de Barak, son successeur essaye tant et plus d’attiser la situation dans l’attente d’une quelconque intervention américaine. Visiblement il considère que les rennes de la guerre sont entre les mains de Washington et non entre ses mains. Comme une roue qui s’enfonce à force de tourner dans le sable, le pays s’enfonce dans la violence et le désarroi.

C’est ainsi que la guerre est tout à coup apparue comme une guerre coloniale avec les USA pour métropole. Les Israéliens se comportent comme s’ils dépendaient d’une métropole qui détient tous les instruments de décision. Et le conflit finit par ressembler à la guerre d’Algérie avec un peuple autochtone qui se bat contre une population de colons adossés à une métropole.

Et comme pour l’Algérie, la guerre sur le terrain finit par atteindre les centre des décisions. Paris avait alors connu de multiples attentats tant FLN que OAS. C’est dans ce contexte que je placerais les derniers attentats de New-York et Washington.

On peut donc supposer que d’être ainsi touchés directement par la guerre, les dirigeants américains vont un peu plus se sentir investis de la mission de régler le problème comme s’il était leur problème. Ils vont être tentés de mettre fin à l’enlisement de la situation sur le terrain avec des solutions qui leur sont propres en tant que métropole et respectant un peu moins les errances des dirigeants israéliens.

Durban et Kyoto

Ceci étant dit, au delà de l’axe Palestine, Israël, USA qui présente une façade coloniale classique, la dernière à avoir survécu à la deuxième mondiale justement parce qu’elle en a été le résultat, les attentats récents sont venus s’inscrire dans la suite des conférences de Kyoto et Durban.

Dans l’un et l’autre cas les USA se sont montrés indifférents au sort de la planète aussi bien qu’à celui de ses habitants. Les Noirs américains et africains, les Autochtones, les Palestiniens aussi bien que les systèmes écologiques de la terre entière, dont se soucient beaucoup les Européens, se sont retrouvés solidaires. L’unanimité est presque totale contre ce cow-boy aux idées rustiques. Même les grenouilles et les escargots sont de la partie.

Un énorme sentiment de solidarité internationale s’est cristallisé à la conférence de Durban. Les problèmes liés tant au colonialisme qu’à l’esclavage ont été posés avec une profondeur historique inégalée. Ces causes qui paraissaient perdues à tout jamais se sont vues renaître à l’espoir.

Dans cette demande de reconnaissance du tort causé, formulé lors de la conférence, il y a le début d’un deuil, le germe d’une conscience du problème dans ses immenses proportions et aussi l’idée qu’on devrait songer à un traitement spécifique avec lucidité; traitement dont le premier pas serait la reconnaissance et le diagnostic du mal.

La solidarité coloniale

Malheureusement les dirigeants américains n’ont pas été à la hauteur de l’entreprise. Ils ont fui leurs responsabilités soi-disant pour défendre les intérêts israéliens. Ce faisant ils ont montré de façon éclatante les raisons pour lesquelles ils soutenaient avec autant d’ardeur et depuis si longtemps les Israéliens. C’est la solidarité coloniale qui a joué.

Ils ont colonisé l’Amérique comme les Israéliens ont colonisé la Palestine. Ils sont en dette vis à vis des Noirs et des Autochtones comme les Israéliens le sont par rapport aux Palestiniens. Les deux peuples vivent de la spoliation d’autrui.

De façon assez surprenante, durant cette période de la conférence de Durban, on a vu fleurir dans les media québécois francophones une série d’articles et de commentaires pro israéliens. Chose rarement vue auparavant. Il faut croire que la solidarité des colons a joué dans toute l’Amérique du Nord, y compris au Québec. Il y a même eu un mea culpa à-plat-ventriste de René-Daniel Dubois accusant les Québécois d’antisémitisme. Ce n’est peut-être pas faux mais dans le concert des autres articles il avait l’air de s’accuser de quelque chose pour se disculper d’une autre.

Sortir du néocolonialisme

Ceci ne veut pas dire loin de la que je sois à tout prix contre toutes les formes de colonisation. Elles sont le prétexte à des rencontres qui peuvent être intéressantes et fertiles en lendemains. Mais à partir d’un certain moment, assez souvent les choses tournent mal et certains divorces durent des décennies.

C’est là qu’est sans doute le principal problème de la décolonisation. Dès qu’un peuple veut sortir du pacte colonial, quand bien même le colonisateur est d’accord, il se sent spontanément porté à créer un autre pacte colonial (le néocolonialisme) avec l’héritier du colonialisme que sont les USA.

L’univers colonial est vieux de quelques siècles et se présente comme une totalité dont il est très difficile de sortir ou de s’extirper. Tout le monde veut partir mais personne ne trouve la porte de sortie.

L’intégrisme islamique se présente comme une solution à ce problème. Il offre une totalité alternative à la totalité coloniale. Il constitue un univers sui generis de l’intérieur duquel on a l’impression d’avoir échappé à la modernité coloniale. Il est surtout intéressant par le caractère de totalité alternative qu’il représente. La seule ombre au tableau demeure toutefois, que pour maintenir la vigueur de ce caractère alternatif il doit s’opposer régulièrement et violemment à celui dont il veut se démarquer.

Ils fuient leurs responsabilités

Quelques jours avant les attentats je disais à des amis que j’étais très inquiet pour l’Amérique. J’ai expliqué ce sentiment d’inquiétude encore confus en disant que les USA étaient incapables en ce moment de faire face à leurs responsabilités pourtant vastes et qu’ils allaient susciter l’exaspération de tous ceux qui espéraient d’eux quelque chose. Je ne croyais pas être si près de la vérité.

Ceux qui ont fait le coup pourraient facilement polariser autour d’eux le mécontentement contre les USA. Même les Européens pourraient être partie prenante à ce mécontentement à propos du protocole de Kyoto.

Au delà de l’horreur de l’acte, tout de même modérée par rapport à ce que les Américains infligent quotidiennement à d’autres peuples, il faut être attentif à sa fonction de vérité qui est de dénuder le géant américain pour désigner ses faiblesses, non pas au plan de la sécurité, mais au niveau de ses responsabilités internationales.

En échange des profits qu'ils récoltent sur toute la planète, on s'attend à ce qu'ils prennent un certain nombre de responsabilités sur tous les continents. Face aux carences qu'ils démontrent à ce niveau il va probablement se dessiner un «mouvement de libération internationale», héritant d'une partie des caractéristiques des mouvements de libération nationale de l'après guerre, et destiné à leur rafraîchir la mémoire sur leurs responsabilités et peut-être proposer des alternatives à la dépendance économique et culturelle des nations du monde. Et pour ressusciter une vieille formule «Noirs, Autochtones, Arabes, Musulmans et même Européens même combat».