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Préparation du colloque 5

Anthropologie du présent séance du 11 juin 2010

Préparation du colloque 4

Anthropologie du présent séance du 28 mai 2010

Préparation du colloque 3

 

Chers unanimes,
 
Excusez cette adresse un peu particulière qui fait écho à cette unanimité, unanimitié, dont vous parlez dans votre lettre.  Je persiste à penser néanmoins que de cette unanimité il y en a qui n'en sont pas, ne serait-ce que parce que je crois compter quelques amis parmi vous.
 
J'ai pris le temps de réfléchir à votre lettre avant d'y répondre sachant l'importance des enjeux pour vous comme pour moi.  J'ai aussi appris la très triste nouvelle concernant F. P.  Dans ma réflexion, il est évident que les deux événements se sont mêlés, l'un éclairant l'autre d'une façon tout à fait sidérante.  Et en surimpression, bien-sûr, le souvenir du «départ» de H. C..
 
Il y a presque 10 ans , lorsque j'avais rencontré Jean-Paul, j'ai été très heureux d'apprendre qu'en s'installant à Montréal il apportait dans ses bagages une part de l'enseignement de Lacan qu'il me tardait de connaître et de faire connaître.  Je me suis alors associé avec lui pour créer le Cercle Lacanien d'Études Freudiennes dont les statuts stipulaient que c'était un organisme qui se vouait à l'enseignement de la psychanalyse.
 
C'est à peu près à cette époque que H. C. est décédé dans des circonstances obscures, noyé semble-t-il dans sa cave alors que sévissait une inondation à Bruxelles.  On a parlé de meurtre mais on a aussi pensé, ce qui était beaucoup plus vraisemblable, à un suicide pour expliquer que ses pieds étaient contraints par des bouts de ficelle et non ses mains.
 
Après quelques années de travail et de discussion et, je dirais, un certain succès du CLEF, nous avons envisagé la création de l'école qui allait devenir l'ÉLM.  C'était un risque important pour moi dans la mesure où la plupart de mes collègues de travail avaient lentement quitté le CLEF en se plaignant de Jean-Paul et je m'étais retrouvé seul au milieu d'analysants ou de conjoints d'analysants de Jean-Paul ou de personnes ayant tout simplement un transfert important à son égard.  Malgré tous les dangers que cette situation pouvait impliquer pour moi, j'ai néanmoins persisté dans la mesure où je tenais beaucoup à introduire à Montréal la dimension de la topologie.  J'ai donc signé la lettre invitant à la création de l'ÉLM.
 
Mais c'était sans compter avec l'affaire Christiane Charette que vous connaissez suffisamment pour que je n'aie pas besoin d'y revenir.  La coupe de l'amertume était pleine et j'ai craint fort de devoir la boire jusqu'à l'hallali; celui qu'allait sonner tout mon milieu en me voyant compromis de la sorte.  Cette affaire me démontrait si besoin était que je ne pouvais pas ne pas choisir entre Jean-Paul et le reste du monde.  Rester n'aurait été d'aucune utilité ni pour vous, ni pour lui, ni pour moi.
 
Entre certains d'entre vous et Jean-Paul s'était instauré une relation un peu particulière.  Il y avait d'abord la relation analytique directe ou à travers le conjoint.  Il y a ensuite l'engagement que prend Jean-Paul de promouvoir par tous les moyens dont il dispose votre vie professionnelle.  Il y a enfin de votre part l'engagement de ne pas le trahir ou de toujours le choisir lorsqu'il est soumis à la vindicte publique.
 
Serais-je resté parmi vous que je n'aurais rien pu modifier à cette relation extrêmement intense et ce d'autant plus que j'aurais moi-même été également compromis en ayant «choisi» Jean-Paul.  Ce fut salutaire pour moi de partir, mais aussi pour Jean-Paul qui a tenu à conserver ma trace dans tous les documents relatifs à l'école et probablement aussi pour vous puisque certains d'entre vous ont commencé à m'appréhender sur le mode phobique ce qui, vous en savez autant que moi sur la question, est tout de même une forme de consécration par la négative.  Vous aviez besoin de moi mais je vous étais bien plus utile dehors que dedans.
 
Pour toutes ces raisons je me félicite de vous avoir quittés.  Mais pour une autre raison encore qui est certainement plus douloureuse à formuler celle-là.  Coupé du monde extérieur et tenu d'observer de près sans pouvoir rien y changer cette relation un peu polymorphe entre Jean-Paul et vous, j'aurais peut-être fini par connaître le sort peu enviable de H.C. et de F.P. Pour faire mentir l'adage rester eût été mourir un peu.  Je suis content d'être encore vivant.
 
Plus récemment, sur la Lacan-liste, il y a eu un certain nombre de discussions passionnées autour du principe communautaire sur lequel je travaille depuis les débuts du CLEF et sur lequel, je vous le rappelle, vous m'avez invité à débattre à l'un de vos colloques.  Jean-Paul voulant sans doute croiser le fer avec moi et ne s'y sentant pas autorisé pour autant, a écrit un message intitulé «prière de répondre», message qui comportait nombre de citations de mes précédents messages.  Je lui ai donc répondu en prenant le risque d'ouvrir une controverse autour d'une divergence manifeste d'opinions.
 
C'est suite à cet échange de messages que vous êtes intervenus pour couper les ponts en ne laissant pas à Jean-Paul le temps d'élaborer ses arguments.  Comme si vous teniez à rendre éternelle une querelle fortuite qui aurait pu se solder par d'intéressants échanges.  Jean-Paul Gilson est désormais votre otage.  Le recours qu'il avait conservé contre vents et marées en gardant mon nom sur les documents de l'ÉLM ainsi que des contacts avec moi, même épisodiques, il en sera désormais privé.
 
Je crois que votre isolement est en train de s'accroître.  Je crois que vous vivez une situation absolument insoutenable et qu'il y aurait lieu pour vous de nettoyer vos écuries d'Augias.  La preuve est faite que les transgressions auxquelles vous consentez, aussi bénignes soient-elles en apparence, peuvent avoir des effets dévastateurs. 
 
J'ai compris votre lettre recommandée comme le «prière de répondre» de Jean-Paul.  C'est pour cette raison et pour cette raison seulement que je vous ai répondu et ce, de la place de l'objet phobique où vous m'avez mis.  Je vous devais certainement ces explications ne serait-ce que parce que j'ai contribué à votre existence.  L'ÉLM n'est-elle pas l'enfant du CLEF?
 
Je vous souhaite de traverser ces moments difficiles avec succès.  Je vous prie de croire que je vous ai écrit cette lettre avec beaucoup de sympathie même si elle comporte quelques passages un peu durs à votre égard.
 
Très cordialement